Les bienfaits des arts du fil : ce que dit la science

Petite chaussette en crochet, laine autorayante multicolore dans les tons automnales.

Après une journée de travail, entre les mails, les obligations familiales, les notifications et cette liste mentale des choses à ne surtout pas oublier, notre cerveau passe beaucoup de temps à gérer, anticiper, organiser, décider, résoudre.

Puis parfois, on prend une pelote de laine, des aiguilles, un crochet ou un morceau de tissu.

Une maille après l’autre. Un point après l’autre. Une ligne après l’autre.

Et quelque chose change.

Pas parce que le tricot, le crochet, la couture ou la broderie seraient des activités magiques.

Mais parce que les arts du fil ont une particularité : ils peuvent nous absorber complètement.

Alors, que sait-on vraiment de leurs effets sur notre bien-être ?

Petite revue scientifique sans prétention…

Quand on entre dans sa bulle : le flow

Vous connaissez peut-être ce moment quand vous commencez un ouvrage « juste pour quelques rangs ». ?

Et lorsque vous relevez enfin les yeux, une heure est passée.

Ce phénomène peut faire penser au flow, un concept développé par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, qui décrit cet état comme une expérience particulièrement absorbante, dans laquelle l’attention est fortement concentrée sur l’activité.

Plusieurs éléments peuvent caractériser le flow : avoir un objectif clair, recevoir un retour immédiat sur ce que l’on fait, se sentir suffisamment compétent pour relever le défi et être complètement concentré sur la tâche.

Le point essentiel est justement cet équilibre entre difficulté et compétence.

Un ouvrage beaucoup trop difficile peut devenir frustrant.

Un ouvrage beaucoup trop facile peut devenir ennuyeux.

Mais lorsque le défi correspond suffisamment à nos capacités, l’activité peut devenir particulièrement prenante.

Et c’est là que les arts du fil deviennent intéressants.

Un premier rang de côtes peut sembler compliqué… puis le geste devient familier.

On apprend à lire un diagramme, puis à repérer une erreur, et enfin à compter sans y penser…Non non ça jamais 😉

Alors on choisit un modèle un peu plus ambitieux. Et le défi évolue !

Une pause pour l’attention

Main qui tient un tricot en cours dehors au soleil.

Les arts du fil ont aussi quelque chose de très concret à proposer à notre attention.

Quand on tricote, on compte les mailles.

Quand on crochète, on suit une séquence de gestes.

Quand on brode, on observe un motif.

Quand on coud, on assemble progressivement les différentes parties d’un ouvrage.

Notre attention a quelque chose à faire.

La revue de Le Lagadec et ses collègues, consacrée spécifiquement aux needlecrafts, c’est-à-dire aux travaux d’aiguille comme le tricot, le crochet, la couture, la broderie, le quilting ou encore la dentelle, retrouve cette dimension dans de nombreuses études.

Les participants décrivent les arts du fil comme une manière de se concentrer, de s’éloigner momentanément des préoccupations quotidiennes ou de s’échapper de la routine.

L’idée d’une pause mentale occupée par quelque chose de concret revient suffisamment souvent dans les témoignages étudiés pour être intéressante.

Et finalement, c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles on aime tant cette sensation de « bulle » ?

On n’est pas forcément en train de ne plus penser.

On pense simplement à autre chose.

Voir quelque chose grandir : le plaisir de progresser

Il y a une satisfaction très particulière à regarder son ouvrage avancer.

Au début, il n’y a presque rien, puis quelques mailles, quleques rangs…et une forme apparaît.

Et soudain, on se dit : « C’est moi qui ai fait ça ! »

La revue de Le Lagadec fait ressortir cette dimension d’accomplissement et de satisfaction.

Ce qui est intéressant, c’est que cette satisfaction ne semble pas uniquement liée à l’objet terminé, elle peut aussi venir du chemin parcouru.

Le point que l’on ne savait pas faire, l’erreur que l’on a finalement comprise, la technique que l’on a apprise, ce modèle qui paraissait impossible quelques mois plus tôt…

C’est là que l’on retrouve le flow : dans la théorie de Csikszentmihalyi, les compétences qui progressent permettent progressivement de relever de nouveaux défis.

On apprend, on maîtrise, puis on ose un peu plus difficile.

Une pelote peut aussi créer du lien

On imagine facilement le tricot comme une activité solitaire : un canapé, une tasse de thé et une pelote.

Mais les arts du fil peuvent aussi être profondément sociaux : atelier de couture, café tricot, cours de crochet, commuauté en ligne…

Et puis il y a une autre manière de créer du lien : fabriquer pour quelqu’un…

Un cadeau de naissance, une couverture, un pull (attention à la sweater curse), un objet sur lequel on a passé des heures.

La revue rapporte également la satisfaction et la fierté associées au fait d’offrir ses créations.

L’objet devient alors un peu particulier, il contient du temps, de la compétence, de l’attention…et une intention.

Pochon brodé d'un coeur, porte clé en crochet en forme de coeur, amigurumi arc-en-ciel.

Alors, pourquoi les arts du fil font-ils du bien ?

Les arts du fil peuvent réunir plusieurs expériences à la fois :

Ils occupent notre attention.
Une maille, un point ou une couture nous donne quelque chose de concret à faire.

Ils nous permettent de progresser.
Ce qui était difficile devient progressivement accessible, puis laisse la place à un nouveau défi.

Ils donnent une forme visible à nos efforts.
On peut voir ce que l’on a accompli.

Ils peuvent nous relier aux autres.
Par les groupes, les échanges, la transmission ou simplement les objets que l’on fabrique pour quelqu’un.

Et parfois, lorsque toutes ces conditions sont réunies, l’activité peut devenir suffisamment absorbante pour nous faire entrer dans cette expérience que Csikszentmihalyi appelle le flow.

Parce qu’une activité choisie, suffisamment stimulante et adaptée à nos compétences peut parfois nous faire oublier, pendant un moment, tout le reste.

Finalement, créer n’est peut-être pas « ne rien faire »

Il y a quelque chose d’assez paradoxal dans les arts du fil.

On peut passer une soirée entière à faire avancer quelques centimètres d’un ouvrage.

Objectivement, ce n’est pas très spectaculaire.

Et pourtant, pendant ce temps, on a appris, concentré son attention, progressé, créé quelque chose et parfois partagé ce moment avec d’autres.

La science ne nous permet pas de dire que le tricot, le crochet ou la couture « font du bien au cerveau » au sens d’un effet biologique démontré et systématique.

Elle nous donne une conclusion plus nuancée.

Les personnes qui pratiquent les arts du fil rapportent régulièrement relaxation, concentration, satisfaction, accomplissement, sentiment de maîtrise, expression de soi et lien social.

Et le concept de flow permet de comprendre comment une activité suffisamment stimulante et adaptée à nos compétences peut devenir profondément absorbante.

Alors peut-être que la prochaine fois que vous vous installerez avec votre ouvrage, vous n’aurez pas besoin de vous demander si vous êtes en train d’être productive.

Vous pourrez simplement faire la maille suivante.

Puis la suivante.

Et voir où elle vous emmène.

Sources

Csikszentmihalyi, M. & Bouffard, L. (2017). « Le point sur le flow ». Revue québécoise de psychologie, 38(1), 65–81.

Le Lagadec, D., Kornhaber, R., Johnston-Devin, C. & Cleary, M. (2024). « Healing Stitches: A Scoping Review on the Impact of Needlecraft on Mental Health and Well-Being ». Issues in Mental Health Nursing, 45(10), 1097–1110.

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